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DOSSIER — MORCEAUX CHOISIS

Extraits

Dernier Virus — Survivre en France

Quelques pages tirées de Dernier Virus — Survivre en France, le roman post-apocalyptique de Guy des Fosses. De quoi se faire une idée de l'ambiance avant de plonger dans la France d'après.

STATUT : ROMAN DISPONIBLE
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EXTRAITS
(...)

Il y avait quatre appartements par palier mais la majorité d'entre eux semblait désertés. Par un reste de pudeur, Mathias n'avait pas osé s'attaquer aux portes situées sur son palier.

Après avoir longuement hésité, il avait choisi de s'attaquer à un appartement juste au-dessus du sien. L'absence de tout bruit sur le plafond ou les cloisons de son logis, l'avait convaincu qu'il était vacant. Par précaution, il était allé jusqu'à coller son oreille contre leur porte à plusieurs reprises, à l'affut.

Malgré l'absence totale de risque, il lui avait fallu monopoliser tout son courage pour oser fracturer la porte à l'aide d'un ciseau à bois et un pied de biche. Pour son bonheur, la porte en bois n'était pas blindée.

Il devait être 10h du matin quand, après une demie heure d'effort, la porte d'entrée avait enfin fini par lâcher. Il lui avait semblé que le fracas retentissait au-delà de la cage d'escalier, à des kilomètres à la ronde. Crispé, le souffle suspendu, il avait attendu les cris ou les coups ou quoi que ce soit d'autre qui viendrait punir son forfait. Mais seule une porte avait grincé dans les étages supérieurs sans pourtant qu'aucune tête n'apparaisse au-dessus de la rambarde de l'escalier pour l'observer. Il n'y eut aucun bruit de pas dans l'escalier.

Sans chercher à savoir, le cœur battant à tout rompre, ruisselant de sueur, il avait rapidement franchi le seuil, un grand sac de sport vide à la main, avant de repousser doucement le battant derrière lui. L'écho de ses pas l'avait accompagné à l'intérieur. La bonne nouvelle étant qu'aucune odeur de viande avariée ne l'avait accueilli.

L'appartement était un quatre pièces, desservi par un petit couloir. Il n'était pas sombre car tous les volets étaient restés grand ouverts ; le soleil illuminait la buée sur les vitres. Par endroit, les rideaux avaient disparu et le papier peint commençait à perdre ses couleurs, preuve que les fuyards étaient partis voilà quelques temps déjà.

Il avait délibérément ignoré les emplacements vides des photos de famille sur les murs et avec beaucoup de précautions avait commencé son exploration.

Après avoir jeté un coup d'œil rapide sur les deux chambres - une quelconque pour papa-maman au matelas blafard à nu et la seconde pathétique avec son petit lit à barreaux vide – il avait récupéré cette parka grise doublée dans un placard, un peu trop large pour lui certes mais vu le froid elle était la bienvenue.

Ensuite, il s'était empressé de visiter la cuisine, fouillant les meubles en formica blanc l'un après l'autre.

Pattes, riz, café : la récolte avait été médiocre, mais toujours bonne à prendre. En bouclant son tour dans la demeure vide il avait inspecté le salon, parcouru les rayonnages de l'étagère à côté du meuble télé vide. Il avait été agréablement surpris d'y trouver un stock conséquent de livres de poche : Steinbeck, Caldwell, Toni Morisson, John Irving, etc…

Étrange de penser que parmi ces voisins qu'il n'avait jamais connus se trouvait un amateur comme lui de littérature américaine, potentiellement un ami…

Mais, comme bien d'autres avant elle, cette idée rejoignit immédiatement son « cimetière personnel des suppositions stupides et idées à la con ».

« Bizarre qu'il ne les ait pas embarqués en partant » murmura-t-il en les entassant avec la nourriture dans son sac de sport.

La dernière pièce était dotée d'un petit bureau, probablement prévu pour un ordinateur, sans intérêt autre que des liasses de papiers épars, utiles pour allumer un feu si nécessaire.

Il urina dans les toilettes. Puis il tenta de faire couler l'eau pour se laver les mains, sans succès. Il contempla son reflet dans le miroir, les yeux marrons cernés par les nuits difficiles, le visage creux mangé par une barbe de quinze jours ; il avait beau avoir vingt et un ans, il commençait un peu trop à ressembler à un vagabond avec sa tignasse de cheveux noirs et sa barbe aux reflets roux. Il se promit de prendre le temps d'un bon coup de rasoir.

Quelque part dans le miroir, il lui sembla percevoir une forme floue dans son dos.

Mathias se retourna brusquement, en poussant un cri rauque. Il ne vit rien ni personne. Tout était désert. Et pourtant d'une froide hostilité. Aucun son ne troublait le silence sauf celui de sa respiration saccadée. Inquiet, il enfila la parka, chargea son sac sur son épaule et après avoir parcouru une dernière fois chaque pièce, il quitta subrepticement les lieux.

Nul ne l'attendait en embuscade dans les escaliers mais il rejoignit son appartement sur la pointe des pieds. Il lui fallut une bonne heure pour se remettre de ses émotions.

(...)

Soudain, un coup de feu retentit.

Anouar se laissa tomber au sol, le sang battant à ses tempes.

Au bout de dix secondes, il se redressa. Ce tir avait retenti à distance de l’endroit où il se tenait. Il n’était donc pas concerné directement.

Par contre, cela allait ameuter tous les revenants du secteur. La veille, ils étaient une bonne dizaine à vouloir l’attraper, avant qu’il ne les sème.

« Anouar, mon grand, il est vraiment temps de foutre le camp » marmonna-t-il.

À ce moment-là, il entendit le bruit d’une course précipité. Un tintamarre lui succéda aussitôt, Anouar reconnut le bruit caractéristique des poubelles renversées.

Il avait vu ces poubelles à l’angle de la rue dans laquelle il se trouvait, donc le fuyard venait dans sa direction.

Jurant et maugréant il réintégra précipitamment le hall de l’immeuble.

Le claquement mat de chaussures sur le trottoir lui apprit que le fuyard approchait rapidement de son refuge.

Des cris et des grognement gutturaux retentissaient à faible distance.

Il avait prévu de regagner son abri et d’attendre que le calme revienne. Mais il ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil à travers la vitre.

Une femme blonde se précipitait dans sa direction. Elle avait dû perdre son fusil.

Quitte à passer souvent pour un macho, Anouar avait beaucoup de respect pour la gent féminine. Il était hors de question de laisser une femme en danger. Encore moins de la laisser se faire bouffer.

Alors qu’elle s’approchait à toute vitesse, hagarde, soufflant bruyamment, il sortit et lui fit de grands signes.

Elle le vit, obliqua sa course et se précipita en trombe dans l’entrée de l’immeuble, manquant de le percuter.

« Viens avec moi, vite ! » dit-il en s’élançant vers la porte de la loge.

Il ne se retourna pas pour voir si elle le suivait.

Ils franchirent la porte de la loge tels des coureurs olympiques.

Tandis que son invité s’écroulait à l’intérieur, il s’adossa à la porte qu’il referma aussitôt.

Assise au sol, la femme le contemplait, les yeux exorbités, le souffle court.

« La chaise ! Vite » lui cria-t-il.

Elle parut hésiter, puis elle avisa la chaise, se releva et la saisit.

Quand elle lui tendit la chaise, Anouar la lui arracha des mains et la cala contre la poignée de la porte.

Puis à son tour, il s’affala sur le sol, dos au mur, haletant.

Il lui fit signe de s’écarter.

« Éloignons-nous de la porte » chuchota-t-il à l’inconnue, « trop près, ils pourraient nous sentir ».

Ils rampèrent jusqu’à la fenêtre.

Un vacarme subit dans le hall les figea.

Des grondements, des chocs se firent entendre. Presque aussitôt, des coups sourds firent vibrer la porte de la loge.

Puis, au bout de deux minutes, les coups s’éloignèrent, retentirent plus loin.

Des pas nombreux claquèrent sur les marches. L’écho de la cage d’escalier amplifiait leur son.

Peu à peu, la cacophonie perdit en intensité et devint une sourde rumeur alors que les revenants progressaient dans les étages.

Anouar observait la porte, il avait retenu sa respiration tout ce temps. Il put enfin pousser un soupir de soulagement.

Il se retourna vers l’inconnue.

Il fut totalement décontenancé quand il vit qu’elle le tenait en respect avec un Opinel.

(...)

Il était 18h, la nuit était tombée, l’éclat des phares illuminait le ruban de bitume qui se déroulait inlassablement devant lui.

Il se sentait à la lisière de la somnolence. Il commençait aussi à avoir mal à la tête, il massa ses tempes de la main gauche, puis, en désespoir de cause, il coupa la musique.

C’est alors qu’il entendit le bruit résonner dans l’habitacle. En fait, il y avait déjà un bon moment qu’il l’entendait, ce son, mais il l’avait confondu avec le tempo de la batterie.

Clac ! un silence, Clac ! et çà recommençait.

Il sentit une sueur glacée quand il réalisa que le bruit venait de derrière lui. Il ne put s’empêcher de scruter le rétroviseur. Bien entendu, il n’y avait rien à voir, mis à part la banquette arrière. Quelque chose cognait la carrosserie pourtant, et cela semblait provenir… du coffre.

Il sentit son rythme cardiaque s’accélérer : la femme, dans le coffre ! Se pourrait-il qu’elle soit encore vivante ?

Clac ! le son venait de retentir une nouvelle fois.

Sans réfléchir, il tenta de se retourner, perdant de vue la route.

Une onde sonore sembla déséquilibrer le véhicule alors que celui-ci percutait, puis glissait le long de la glissière de sécurité. Richard eut tout juste le temps de redresser le volant alors que s’élevait le crissement de tôle torturée. La voiture zigzagua sur quelques mètres avant qu’enfin il puisse en reprendre le contrôle et s’arrêter. Un camion frôla le véhicule en cornant bruyamment, le faisant sursauter. Plusieurs voitures klaxonnèrent et lui firent des appels de phare en le doublant.

Pantelant, Richard mit ses feux de détresse ; il conduisit au ralenti avant de s’arrêter enfin sur une aire de repos.

Il tremblait lorsqu’il sortit du véhicule, laissant la portière ouverte.

« P… ! Oh P… ! » balbutia-t-il en tombant à genoux sur le sol glacé, dans la lueur des phares du Kangoo.

Il lui fallut cinq minutes pour reprendre son calme.

Il lui fallut le même laps de temps pour réaliser qu’il n’avait plus entendu le son depuis qu’il s’était arrêté.

Une onde de soulagement le parcourut, quel imbécile il était ! s’il n’entendait plus le son, c’est donc que le bruit était lié au mouvement du véhicule, probablement quelque chose qui s’était pris dans l’essieu de la voiture.

Il n’y avait qu’une seule manière d’en être sûr.

Richard se releva, prit son courage à deux mains et contourna la voiture.

Le coffre était fermé, comment avait-il pu en douter ? Restait à savoir qu’est-ce qui s’était accroché à l’essieu.

Richard s’agenouilla pour observer sous le véhicule, mais il n’était pas évident de voir quelque chose à la seule lueur des véhicules qui passaient sur la route. Si seulement il avait eu une lampe de poche ! Alors il s’allongea, passa sa tête entre les deux roues latérales et tenta de distinguer quelque chose dans l’obscurité.

Clac !

Le son retentit si fort que Richard releva la tête brusquement et se cogna contre le châssis de la voiture !

« Aïe ! P… de b… de m… ! » cria-t-il en se dégageant.

Il se redressa, affolé. Une pointe de douleur perçait son crâne, mais il n’y préta aucune attention.

Aucun doute possible, le son venait bien du coffre !

Il s’écarta, s’affala sur le bitume, paniqué, et tenta de reprendre son calme. Des pulsations de douleur et de panique jouaient une symphonie sous son crâne. Il se força à respirer lentement, jusqu’à ce que ses idées s’éclaircissent, tout en frottant machinalement l’extrémité de son nez.

Pas le choix, il allait devoir faire face à l’être ou à la chose qui réclamait son attention avec tant de constance. Et pour y faire face, il devait plus que jamais trouver un lieu bien à l’écart.

Malgré le froid ambiant, il retira son blouson pour sécher la sueur qui mouillait ses vêtements. Puis il remonta dans le véhicule, jeta le vêtement sur le siège passager, et mit le contact.

Mais cette fois, il prit la précaution de mettre en marche l’autoradio ; quand la musique surgit des enceintes, il poussa le volume. Fort.

Clac !

Plus fort encore.

D'autres extraits seront ajoutés prochainement.