Après Dernier Virus — Survivre en France, Guy des Fosses prépare un nouveau roman, totalement indépendant du premier : Base de Secours 203.
STATUT : EN PRÉPARATIONUn virus a ravagé la France, transformant la majorité de la population en morts-vivants. Pour faire face à cette épidémie, la France s'est couverte de Bases de Secours, sorte de camps retranchés, destinés à accueillir les survivants. La situation se dégradant, l'une d'entre elle, la Base de Secours 203, totalement isolée, a été transformée en camp de concentration par son dirigeant, un fonctionnaire méthodique et fondamentaliste.
Les vivres venant à manquer, le Directeur envoie une expédition, composée de gardiens et de détenus, chargée d'intercepter un convoi d'approvisionnement de l'armée destiné à une autre Base de secours. Au sein de l'équipe se trouve un psychopathe, Grégory, choisi parmi les prisonniers. Il n'aura de cesse de se débarrasser de ses gardiens. Pour eux, tout va se jouer au sein d'une concession automobile a priori abandonnée.
En parallèle, nous suivons les périples de deux prisonnières tenaces et résolues, Annie et Marlène, qui s'enfuient de la Base 203, et de deux enfants, Éric et Irina, qui fuient la ville envahie.
Leurs destins vont se croiser ; ils devront faire face à un gang de pillards mené par Luc, alias Barbeuc, un homme sanguinaire, aux méthodes expéditives, tout en tentant d'échapper aux revenants. Mais ils pourront aussi compter sur la bonté et l'opiniâtreté de Jean, un ermite adepte de la gâchette, de Johan, l'un des gardiens, et du Sergent Victor, le baroudeur qui dirige le convoi d'approvisionnement. Au-delà de leur solidarité affichée, une romance naîtra entre certains des protagonistes.
L'histoire se terminera en apothéose au sein de la Base de Secours 203.
Annie poussait la brouette de terre, c'était la troisième qu'elle charriait jusqu'à la fosse qui servait de toilettes. Ses chaussures et les ourlets de son jean était maculé par les éclaboussures provenant du trou malodorant. Elle suait sous l'effort, son chemisier était imbibé. La petite colline où les détenus devaient creuser pour s'approvisionner en terre était à l'orée de la forêt, à cent mètres, hors de vue de la Base. Il fallait creuser le sol caillouteux avec la pelle, sous la surveillance de deux gardiens, remplir la brouette, la tirer jusqu'aux portes de la Base. Il n'y avait qu'un gardien sur le trajet mais une grande partie de la route était visible depuis les miradors. Puis, sous la menace des armes des sentinelles, traverser le camp pour enfin atteindre la fosse. Et recommencer. Elle travaillait machinalement, son esprit était mobilisé par une seule préoccupation : quand Marlène allait-elle donner le signal ? Il ne devait pas être loin de midi, et les gardiens allaient bientôt donner le signal du retour. Elle tenta de croiser son regard alors que Marlène s'acheminait dans le sens inverse, sa brouette vide brinquebalant sur la route. Mais celle-ci ne lui prêta pas la moindre attention. Allait-elle trahir sa parole ? Malgré les vivres que lui avait remis Annie ?
Elle vida la brouette sur le brouet puant qui stagnait dans l'excavation, indifférente aux projections, puis elle repartit. Si Marlène l'avait trahie, elle devait revoir ses plans, et saisir l'occasion sans plus attendre. La seule possibilité était au niveau de la colline. Comment faire pour détourner l'attention des deux gardiens qui supervisaient la corvée à cet endroit ?
Quand elle rejoignit la colline, elle aperçut Marlène, appuyée sur sa pelle, en conversation avec les deux hommes. Ils étaient totalement nonchalants, leur fusils en bandoulière. Un regain d'espoir la saisit. Puis un terrible soupçon. Marlène était-elle en train de la dénoncer ?
À ce moment-là, Marlène se détourna et la désigna du doigt. Plus de doute, Miss Pipi l'avait balancé ! Les deux gardiens la contemplèrent en ricanant, puis s'avancèrent à pas trainants vers Annie. Elle lâcha les poignées de sa brouette, stupéfaite. Elle était totalement paralysée par la peur. C'en était fini de ses plans ! Elle n'avait aucun moyen de se défendre. Sa propre pelle gisait sur le sol à trois mètres de là, elle ne l'avait pas emmené avec elle car elle était inutile pour vider les brouettes.
Marlène était restée immobile derrière les deux hommes, apparemment indifférente à la suite des évènements,
Mais soudain, elle leva sa pelle, prit son élan et assena un coup violent avec le tranchant, sur le cou du premier gardien qui s'affala au sol, hoquetant. Sans perde de temps, Marlène balaya les jambes du second gardien avec sa pelle, il s'affala à son tour en criant. Marlène semblait survoltée, sans répit elle assenait des coups de pelles sur l'homme, l'empêchant de se relever ou de saisir son arme, tandis que le collègue de celui-ci, à genoux, tentait désespérément de contenir le sang qui s'échappait de son cou.
Au dehors, la nuit lui semble fraîche. Il s'arrête un moment sur le porche du bâtiment administratif, contemple la Base, s'attardant sur chaque bâtiment, vérifiant la position des gardiens. Les sentinelles, ces dégonflées, sont en place, le reste des hommes entoure les détenus ébahis, fusils braqués. Bien, ses ordres semblent avoir été exécutés jusqu'à présent. Il détaille froidement les deux groupes de prisonniers, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Certains sont en pyjama, certaines en chemise de nuit, d'autres nus, aucun n'a eu le loisir de se rhabiller ou de se couvrir avec un manteau ou un blouson, ni même de se chausser, les surveillants y ont veillé. Romuald s'avance lentement dans un murmure de voix inquiètes. Puis, il s'immobilise à deux mètres du groupe de femmes apeurées. Sur un signe de sa main, deux gardiens se rapprochent, armes en mains. « Faites-les s'aligner » dit Romuald.
« Mettez-vous en rang ! Sur une file ! » crie l'un des gardiens, « Magnez-vous ! ».
Quelques légers coups du plat de leurs crosses accélèrent le mouvement, et bientôt les femmes sont alignées. Le groupe d'hommes semble tétanisé, mais afin d'éviter toute révolte intempestive, les armes des gardiens sont pointées sur eux. Le Directeur s'avance, parcourt lentement la file en observant les malheureuses. Quand il a achevé ce premier tour, il entame un deuxième tour ; de sa baguette, il désigne certaines femmes ; aussitôt les gardiens les extraient brutalement de la file et les regroupent plus loin. Elles sont huit au total, dont Nicole et ses protégées. Les autres, soit une quinzaine de femmes amaigries, jugées trop vieilles ou trop faibles, attendent, effrayées, sans savoir si elles sont élues ou condamnées, grelotantes dans le halo des projecteurs. Sur un signe de Romuald, l'un des gardiens le rejoint. « Ramenez les sélectionnées au dortoir ! » ordonne-t-il. Les huit femmes s'éloignent, accompagnées de leur cerbère, soulagées, non sans jeter un dernier coup d'oeil à leurs compagnes immobiles, pétrifiées d'angoisse. Le claquement de la porte du dortoir retentit dans le silence, puis le gardien revient, seul, et reprend sa place.
Le murmure d'inquiétude grandit chez les détenus. Le moment est critique, Romuald le sait. Abandonnant le groupe de femmes transies sous la garde des surveillants, il s'avance vers les prisonniers mâles. Il fait un léger signe à l'un des gardiens. « En file ! » ordonne celui-ci. Maugréant, les hommes s'exécutent. L'un d'entre eux, totalement nu, tente piteusement de cacher ses organes génitaux. Mais un autre proteste bruyamment, tente d'ameuter ses compagnons d'infortune. Romuald le désigne aussitôt de sa baguette.
Deux gardiens saisissent le contestataire, le sortent de la file et, malgré ses gesticulations et ses protestations, le forcent à s'agenouiller. Tous les yeux sont braqués sur le malheureux. La tension est palpable. Romuald s'avance vers lui, dans un silence soudain. Il domine l'homme apeuré. Le moment est venu. Quand Romuald déboucle son holster et sort son revolver, un murmure atterré parcourt le groupe de prisonniers. Le regard suppliant du rebelle ne l'émeut pas lorsqu'il pose le canon de l'arme sur son front. La détonation claque comme un coup de tonnerre.
La bande faisait cercle autour d'un arbre. Trois hommes, torses nus, y étaient suspendus par les bras, les extrémités de leurs pieds touchant à peine le sol. Leurs visages et leurs torses étaient constellés d'estafilades sanglantes, leurs chairs marquées d'énormes ecchymoses, leurs pantalons tâchés de sang et d'urine. L'un d'eux, un homme blond avec une queue de cheval, avait perdu conscience. Les deux autres gémissaient sourdement. Ils n'avaient plus de voix tant ils avaient crié et supplié.
Une nuée de cris et d'insultes fusait contre les trois pendus. Face à eux se tenait Luc, alias le Boss, alias Barbeuc. Il jouait distraitement avec son coutelas tout en les contemplant. Les membres du gang étaient totalement excités et fascinés par la scène qui se déroulait devant eux. Luc sortit de sa méditation et s'approcha de l'homme inanimé suspendu au milieu. Il lui assena deux grandes claques pour le ramener à la conscience. Un frémissement parcourut le groupe de spectateurs.
(…)
L'excitation était à son comble chez les bandits. Mais quand Luc mit un doigt sur ses lèvres pour leur intimer le silence, la bande cessa aussitôt ses exclamations. Le Boss se tourna vers sa victime et dit d'un ton patelin dans le silence revenu : « Je t'ai laissé une oreille presque intacte. Donc tu peux m'entendre. Alors, vas-y, raconte-moi comment toi et ces deux guignols, vous comptiez nous baiser. »